 | Geri Allen est une pianiste américaine de jazz, née à Pontiac le 12 juin 1957 et morte le 27 juin 2017 à Philadelphie.
Elle a joué avec de grands noms du jazz, tels que Betty Carter, Wayne Shorter, Ron Carter, Ornette Coleman, Charles Lloyd ou encore Wallace Roney.
Après avoir étudié à l’université Howard de Washington jusqu'en 1979, ainsi qu'auprès de Kenny Barron, elle rencontre Nathan Davis.
Ce dernier l'encourage à étudier à l’université de Pittsburgh, alors directeur du département jazz. Elle est diplômée en 1982 en ethnomusicologie à l’université de Pittsburgh. Elle effectue une tournée avec Nathan Davis dans les Caraïbes.
Geri Allen était marié au trompettiste Wallace Roney, elle meurt le 27 juin 2017 à 60 ans des suites d'un cancer.
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Native de Pontiac, dans le Michigan, la pianiste, compositrice et enseignante Geri Antoinette Allen vient de nous quitter prématurément, emportée par le cancer. Elle a grandi à Detroit, ville de la Motown mais aussi creuset du jazz, comme elle l’a racontée dans des interviews publiées dans Jazz Hot. Elle a mené une carrière exemplaire.
Comme de nombreux pianistes de jazz, elle a excellé autant par ses talents d’accompagnatrice que de compositrice et de pianiste émérite. Son exceptionnelle discographie en atteste, car elle a côtoyé un nombre incalculable de grands musiciens du jazz.
C'est au sein du M-Base de Steve Coleman, dont elle fut l’alter ego, que sa notoriété grandit. Son grand talent a été sollicité aussi bien par des musiciens inscrits dans la tradition que par des musiciens dits «d’avant-garde», de Betty Carter à Ornette Coleman en passant entre autres par Buddy Collette, Nathan Davis, Charles Lloyd, Wayne Shorter, Lester Bowie, Charlie Haden ... sans oublier son compagnon de route et mari, Wallace Roney, dont elle avait divorcé.
Elle apparaît sur plus de 200 enregistrements de grande qualité, dont une trentaine parue sous son nom.
Geri Allen a été très tôt imprégnée d'art, de musique et de jazz (son père est pianiste). Elle grandit entourée de jazz live, et elle a accès aux nombreux disques de jazz de la famille. Elle étudie, avec le soutien familial, le piano avec un professeur particulier qu’elle retrouve au lycée, et croise très tôt la route de deux trompettistes, Donald Byrd et Marcus Belgrave, deux passeurs-pédagogues du jazz qui l’encouragent.
Elle est également marquée par la musique populaire et commerciale de sa jeunesse, qui fait fureur dans la ville de la Motown, et par les musiciens du label «Tribe» sur lequel enregistre son professeur et mentor, le trompettiste Marcus Belgrave. Elle n’ignore rien de la musique qui se joue à Detroit. Elle commence à jouer du piano à 7 ans et devient professionnelle sous la houlette de Marcus Belgrave qui la propulse dans le circuit des clubs, en même temps qu’elle approfondit son approche de certains maîtres, de Thelonious Monk à Herbie Hancock.
Après des études à l’Howard Université de Washington et un enseignement assidu auprès de Kenny Barron, elle obtient en 1979 un diplôme en ethnomusicologie à l’Université de Pittsburgh. Elle se produit en tournée et en club, et elle s’installe à New York au début des années 1980.
Sa carrière s’affirme auprès du groupe The Supremes, mais elle s’oriente vers des musiciens plus avant-gardistes tels Lester Bowie, Joseph Jarman, tous deux membres de l’Art Ensemble of Chicago, Oliver Lake, puis Steve Coleman (as) avec lequel elle participe dès 1984 au mouvement M-Base, avec Greg Osby (as), Cassandra Wilson (voc). Son rôle est majeur bien que le saxophoniste apparaisse comme le chef de file de ce nouveau «jazz créatif».
Elle enregistre son premier album en leader, «The Printmakers» en 1984, avec Anthony Cox (b) et Andrew Cyrille (dm). Si son parcours semble suivre un courant inspiré des novateurs Cecil Taylor à Mary Lou Williams et que ses compagnons de route d’alors sont identifiés comme d’avant-garde, elle reste très influencée et très respectueuse de ce qui caractérise le jazz, un pas dans l’aventure, un pas dans la tradition, son jeu reste très "monkien".
En 1986, elle rejoint Charlie Haden et Paul Motian, compagnons de route d’Ornette Coleman, et elle enregistre notamment «Lonely Woman», thème fétiche du saxophone pour l’album Etude. Elle alterne alors des concerts à la tête de ses groupes, souvent des trios, et des productions discographiques nombreuses qui ne trouvent pas toujours un retentissement à la hauteur de leurs qualités. Avec des albums tels The Nurturer (1990), Maroons (1992), elle approfondit son intérêt pour des compositions intégrant l’ensemble des musiciens qui jouent régulièrement à ses côtés tels Marcus Belgrave ou Kenny Garrett… L’album le plus salué par la critique est The Gathering (1998) paru il est vrai chez Verve, un label plus médiatisé, où on retrouve son trompettiste de mari, Wallace Roney, complété d’une fine équipe: Robin Eubanks (tb), Vernon Reid (g), Buster Williams (b), Lenny White (dm), Minu Cinelu (perc) et par le multi instrumentiste Dwight Andrew. Ses différents projets accueillent des jeunes musiciens et des talents confirmés.
On retrouve dans son monde, les jeunes lions Greg Osby, Gary Thomas, mais aussi les vétérans Bobby Hutcherson, James Newton, Dave Holland, Jack DeJohnette, Julius Hemphill ou encore Arthur Blythe et Lester Bowie.
En 2013, elle forme un beau trio de dames, avec Terry Line Carrington (dm) et Esperanza Spaulding (b), qui triomphe lors des tournées d’été, la mettant au premier plan des grandes scènes.
Dans ses collaborations, on retient entre autres sa participation aux albums et/ou groupes de Betty Carter, Wayne Shorter, Ron Carter, Ornette Coleman (pour les albums Sound Museum), Charles Lloyd et Wallace Roney.
Elle participe en tant qu’instrumentiste mais aussi arrangeur, compositrice et productrice à plus de 200 albums. Elle aimait transmettre, comme son mentor Marcus Belgrave, et avait enseigné à l’Université du Michigan, mais aussi à New York et à l’Université de Pittsburgh.
Geri Allen, à l’instar de Mary Lou Williams, dont elle tint le rôle au cinéma dans le film Kansas City de Robert Altman, et à qui elle a rendu de nombreux hommages, en particulier dans l’album Zodiac Suite: Revisited (The Mary Lou Williams Collective), avait réussi à imposer comme sa devancière son grand talent de pianiste, instrumentiste et arrangeuse, dans un monde plutôt masculin.
Comme un retour aux sources, dans son récent album Grand River: Crossings, Motown and Motor City Inspirations, un court et magnifique «Space Odissey», un duo avec Marcus Belgrave, est un rappel émouvant d’un voyage en jazz commencé à Detroit, réunissant comme il se doit tradition et création, un voyage trop vite interrompu.
La disparition de Geri Allen a touché l'ensemble du monde du jazz, en particulier aux Etats-Unis où les hommages se sont multipliés.